L'ancien lac de Servoz

 


Terrasses alluviales emboîtées de Servoz.
(photo sensible à la souris)

 

 


Lac résiduel après la vidange partielle de l'époque romaine.

 

 

 

 

 

 


Petit lac formé en 1471.

 

           
Blocs de calcaire perchés sur le versant Nord des Gures.

 

 

         
Chaos de blocs de calcaire.

 

 

 

 

 


 

Galerie romaine de la Ratériaz

 

Il n'est pas possible de parler de l'ancien lac de Servoz sans évoquer la fameuse galerie romaine de la Ratériaz, redécouverte vers 1863 lors des travaux de percement du tunnel routier de la route nationale. Cette galerie, "specus" en latin, creusée sous le col du Châtelard, date très probablement de l'époque romaine et aurait été utilisée comme chasse hydraulique pour une "industrie" sise en aval dans le vallon du Châtelard, voire près de Chedde (in Cecillion et Miller - 1994). Cette industrie serait liée à une grande activité minière (mythe?) (bâtiments observés en 1880 par l'abbé Orsat dans le vallon du Châtelard), en lien avec l'existance à Passy d'édifices romains, de grande importance pour une petite bourgade alpine : temple de Mars, bornes frontière  et présence - à l'époque - de hauts magistrats percepteurs.

 

 


Galerie de la Ratériaz - côté amont au Nord-Est.
(N.B. : les marches taillées visibles en-dessous de la galerie sont postérieures à 1863)

 

 

 


Ex-voto des Outards - Passy.
Inscription: "MARTI A ISUGIUSAE VOLTUAIURUS FLAMEN AUG II VIR AERARI EX-VOTO".
Traduction: "A Mars, Aulus Isugius Vaturus, fils d'Aulus, de la tribu Voltinia, flamine impérial, duumvir du trésor, à la suite d'un voeu".

 

 

Cette galerie, creusée depuis les deux extrémités Nord-Est et Sud-Ouest, dans les schistes viséens, mesurait à l'origine environ 78 m. Pour une largeur de 0,8 à 0,9 m et une hauteur moyenne de 1,8 à 2,0 m, le volume de rétention de cette hypothétique chasse hydraulique devait être de l'ordre de 120 m3 environ. La provenance de l'eau reste encore discutée par les spécialistes, faute de datation précise de l'ouvrage et des terrasses alluviales présentes à Servoz. A priori l'eau provenait soit de l'Arve, soit d'un lac de barrage naturel comme évoqué précédemment, soit d'un autre ruisseau (secteur de la Fontaine par canal?).

 

 

 


D'après les relevés archéologiques de C. Cecillon et P. Miller (1994).

 

 


Sa forme tortueuse donne une bonne idée de la technicité romaine en matière de construction. En effet, les travailleurs ont réussi à se rencontrer vers le milieu de la galerie avec seulement quelques dizaines de centimètres de décalage horizontal et 0,7 m de décalage vertical. Néanmoins, il est curieux que la ligne droite n'ait pas été appliquée, étant infiniment plus simple et précise à réaliser et moins coûteuse en heures de travail.

Au-delà du Châtelard, un canal long de près de 1,8 km acheminait l'eau jusqu'à la cote 703 environ, au sommet des Egratz, soit une pente moyenne de 6 %. Ensuite, après la crête des Egratz, le dispositif a soit plus ou moins disparu (éboulement), soit jamais existé.

Géologiquement, la présence d'un col, d'un vallon perpendiculaire à la ligne de crête et de deux niveaux de colline décalés en altimétrie peut laisser penser à la présence d'une faille normale à cet endroit, abaissant la montagne des Gures par rapport à Tête Noire. Des traces d'érosion sous glaciaire sont encore visibles sur la paroi Nord de l'entrée du tunnel et un immense chenal a été observé lors de l'élargissement du tunnel actuel dans les années 90.

Enfin, on peut déplorer le massacre de ce site archéologique, sans aucune considération, pour faire passer une autoraoute à camions.
 

 

 


Coupe de principe.

 

 

 

 


Canal au sommet des Egratz.

 

 

 

 


Traces de pointerolle sur la paroi du canal (schistes viséens) visant à donner une finition  lisse à la roche.
L'avancement allait donc de la droite vers la gauche.

 

 

 

 


Paroi "rive gauche" du canal aux sommet des Egratz.

 

Point de vue personnel : cette galerie, comme beaucoup d'autres dans l'empire romain (Albano, Fucino...) a pu servir de vidange au lac de Servoz formé par le barrage naturel créé par l'effondrement des Fiz. Les Romains, très prévoyants sur les risques naturels, se sont chargés d'éviter une débacle catastrophique sur leurs villes situées en aval, comme la bourgade de l'ancienne Passy. Ils ont donc utilisé leur technique habituelle, à l'instar de leurs nombreux aqueducs et galeries minières du même style : creusement d'une galerie par deux équipes de mineurs de chaque côté du col. A noter, que l'équipe travaillant en amont a très bien pu foncer sa galerie bien en dessous du niveau du lac, avec la technique du puits/galerie, et par la suite abattage progressif du panneau rocheux séparant l'eau de la galerie en fonction du niveau du lac, pour continuer la purge.
L'aqueduc de 1,8 km jusqu'aux Egratz aurait été utilisé pour que l'eau détournée ne se retrouve pas piégée au fond du vallon du Châtelard, très certainement obstrué lui aussi par l'éboulement des Fiz, ne faisant ainsi que déplacer le problème d'embacle en aval. C'est pour ça, qu'une fois les risques naturels écartés, l'eau a été librement rejetée en haut des Egratz.
De plus, aucune construction "industrielle" n'aurait pu être implantée en aval des Egratz, en pied de paroi et dans le lit de l'Arve.
Sauf découverte majeure, les Romains n'ont pas eu de district minier suffisamment important dans le secteur pour nécessiter la présence d'un artefact aussi précieux qu'un tunnel doublé d'un aqueduc de 1,8 km. De surcroît, la région étant largement irriguée naturellement, il n'y a pas non plus de nécessité de capter l'eau de l'Arve pour un moulin et encore moins pour une quelconque consommation, l'eau de l'Arve étant chargée en farine glaciaire une bonne partie de l'année.

Néanmoins, comme contre argument à cette hypothèse, se pose le problème du débit d'eau évacué par cet artifice : au grand maximum 2 m3/s. Très inférieur à ce qu'il faudrait pour compenser les arrivées d'eau de l'Arve et de la Diosaz dans le lac de Servoz, de l'ordre de 10-20 m3/s en régime normal actuellement, pour le purger. Donc mystère...

 

 

Bibliographie : DFS de diagnostic archéologique - C. Cecillon et P. Miller - 1994 - 104 p.

 

 

 

 

 

 

 

 

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